Red Hat est la société open source la plus importante et la plus rentable au monde. Elle développe Red Hat Enterprise Linux (RHEL) et sponsorise Fedora, l'une des distributions Linux de bureau les plus populaires.
IBM vient de racheter Red Hat pour 34 milliards de dollars, marquant sa plus importante acquisition historique. Cette nouvelle fait sensation dans l'écosystème technologique, particulièrement dans le domaine de l'open source.
Quelles sont les conséquences pour IBM, Red Hat et l'univers open source ?
IBM n'est peut-être pas le premier nom qui vient à l'esprit pour le cloud grand public, comme Dropbox ou Office 365. L'entreprise cible plutôt les professionnels avec un catalogue de solutions pour les développeurs, servant des clients majeurs tels que des hôpitaux ou des compagnies aériennes.
En concurrence directe avec Amazon et Microsoft, IBM propulse son infrastructure cloud en tête du marché grâce à cette acquisition stratégique.
Cette opération positionne IBM comme un acteur incontournable, dont les technologies sous-tendent de nombreux services en ligne que vous utilisez quotidiennement.
Le nom et la marque Red Hat perdurent. Selon le communiqué officiel, Red Hat opérera comme une unité autonome au sein de la division Hybrid Cloud d'IBM, sans fermeture de ses bureaux en Caroline du Nord.
IBM injectera des fonds pour renforcer les partenariats de Red Hat face à Amazon Web Services et Microsoft Azure.
Jim Whitehurst demeure président et CEO, avec la continuité de l'équipe dirigeante.

Whitehurst voit dans cette acquisition un levier pour accélérer l'adoption mondiale des technologies open source.
IBM s'engage à préserver la gouvernance ouverte de Red Hat. Extrait du communiqué :
"Avec cette acquisition, IBM restera attaché à la gouvernance ouverte de Red Hat, aux contributions open source, à la participation à la communauté open source et au modèle de développement, et à la promotion de son vaste écosystème de développeurs."
Fedora, développé par la communauté et sponsorisé par Red Hat, sert de base à RHEL. Cet engagement maintient le statu quo, y compris le respect des licences GPL qui protègent la liberté du bureau Linux.
Bien que des investissements dans le desktop Linux soient souhaitables, l'objectif prioritaire d'IBM reste la domination du cloud.
IBM n'est pas novice en open source : ses contributions enrichissent l'écosystème depuis des années, notamment pour sa plateforme cloud.
L'entreprise publie un site dédié expliquant sa vision du code ouvert, de la communauté et de la culture collaborative.
Pragmatique, IBM contribue quand cela sert ses intérêts stratégiques. Avec Red Hat, son nom s'imposera davantage dans les discussions open source.
Avant Red Hat, SUSE dominait le marché entreprise Linux, via des contrats de support tout en nourrissant des communautés comme openSUSE.
SUSE a traversé plusieurs acquisitions (Novell en 2003, Attachmate en 2011, Micro Focus en 2014, EQT en 2018), sans altérer sa stabilité.
Fedora et RHEL pourraient suivre une trajectoire similaire sous l'égide d'IBM.
La réponse dépend de votre perspective. Red Hat gagne en ressources pour croître, mais sous influence d'IBM.
Canonical a dû abandonner Unity8 et Ubuntu Touch pour des raisons financières. Dans l'open source, l'équilibre entre liberté et viabilité économique reste un défi majeur.