"Alexa, appelle la police !"
Vous n'avez sans doute jamais prononcé ces mots. Pourtant, si les fabricants d'appareils connectés ont leur mot à dire, vos assistants vocaux domestiques pourraient bientôt le faire à votre place.
Cette perspective semble positive : faciliter l'accès aux services d'urgence est bénéfique. Cependant, elle soulève de sérieuses questions de confidentialité à mesure que ces technologies se démocratisent.
En 2017, une blague virale invitait à demander à Siri d'appeler le "108", équivalent du 911 en Inde, forçant l'assistant à contacter la police quel que soit le pays.
Siri peut effectivement appeler le 911 ou les pompiers sur demande. En revanche, Google Home et Alexa ne le font pas nativement, sauf avec des extensions comme Amazon Connect pour une ligne fixe.
Mais les choses évoluent pour Alexa. Début 2018, la police du Lancashire (Royaume-Uni) a lancé une compétence Alexa pour des mises à jour en direct.
Il s'agit d'une compétence tierce développée par la police, non d'une fonctionnalité native d'Amazon.
Cette compétence diffuse les alertes d'urgence du Lancashire. Prochaines étapes envisagées : signaler des crimes via Echo ou accéder à des détails comme les mandats.

Où est le problème ? Les rapports de crimes stockés sur les serveurs Amazon, non ceux de la police, exposent vos échanges autrefois privés.
Amazon n'a pas manifesté d'intérêt à monétiser ces données. Mais imaginez : signaler un vol de vélo via Echo, puis voir des pubs pour des vélos... Ou des suggestions de packs de glace après un signalement de violence domestique.
Les défenseurs de la vie privée s'inquiètent légitimement. Accorder à Amazon l'accès aux mandats police amplifierait ces craintes.
Cette tendance s'inscrit dans l'externalisation croissante des données policières. Axon (ex-Taser) analyse déjà les vidéos de bodycams via IA pour la police prédictive et collecte des médias citoyens.
Les agences peuvent exploiter les TV intelligentes comme micros. Amazon a fourni des enregistrements Alexa dans une affaire de meurtre.
Ces appareils "always listening" ont sauvé des vies, comme un cas où "appelez les shérifs" a alerté les autorités. Mais les risques persistent.
Des entreprises comme Amazon ou Axon deviennent intermédiaires entre citoyens et forces de l'ordre, stockant rapports et preuves.
Si cela n'est pas intrinsèquement problématique, cela fragilise la confidentialité. Aux États-Unis, les entreprises contrôlent largement leurs données ; l'UE renforce les droits (RGPD).
Des bases de données gouvernementales sont une chose ; gérées par des géants tech, c'en est une autre.
Avez-vous à craindre ? Probablement pas aujourd'hui. Mais restez vigilant : voulez-vous qu'Amazon stocke vos signalements ? Si le projet Lancashire réussit, d'autres suivront, potentiellement avec un soutien accru des géants tech.
Avec des appareils qui écoutent en permanence, la confidentialité domestique est un défi majeur.
Crédit image : djedzura/Depositphotos
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