J'adore utiliser Linux et privilégier les applications gratuites et open source. C'est plus simple sur un PC que sur un smartphone, mais je dois admettre que j'utilise inévitablement des logiciels propriétaires.
Si vous êtes un utilisateur Linux passionné par le libre comme moi, vous en utilisez probablement aussi.
Mon expérience avec Linux m'a révélé qu'il est extrêmement difficile d'utiliser exclusivement des logiciels open source. Même quand on pense y être parvenu, du code propriétaire s'exécute souvent discrètement en arrière-plan.
Le bureau Linux n'est pas aussi libre qu'on le prétend. Voici pourquoi, en détail.
Quand vous installez une distribution Linux, l'interface visible n'est pas Linux à proprement parler. Linux désigne techniquement le noyau, qui gère la communication entre logiciels et matériel. La plupart des composants sont libres, mais le noyau pose problème.
Le noyau Linux intègre des "blobs binaires" : des logiciels à code source fermé, distribués sous forme de fichiers binaires opaques. Non seulement nous ne pouvons pas les modifier, mais nous ne pouvons même pas les examiner.
Ces blobs consistent principalement en pilotes et micrologiciels matériels, permettant à Linux de supporter un large éventail d'équipements. Idéalement, les fabricants fournissent la documentation pour développer des pilotes open source. Souvent, ils proposent des pilotes fermés à la place.
Linux les intègre, mais leur performance est inférieure à celle d'un développement natif, et ils posent des risques de sécurité dus à leur opacité.
Depuis 1996, le noyau Linux n'est plus entièrement libre : il accepte ces blobs depuis plus de 25 ans.
Pour une version pure, optez pour Linux-libre, qui supprime tous les éléments fermés. Attention : il ne supporte pas le matériel sans documentation ouverte, entraînant des problèmes avec les cartes graphiques, réseaux ou Wi-Fi (nécessitant parfois une clé USB dédiée).
À mon passage initial sur Linux, j'ai dû installer un pilote propriétaire pour le Wi-Fi. Ma carte graphique fonctionnait, mais un pilote fermé était requis pour une expérience optimale et le jeu.
La situation s'est améliorée, mais pour une carte NVIDIA, le pilote propriétaire reste indispensable pour les performances maximales en jeu.
Ces pilotes s'installent souvent juste après la distribution et sont oubliés. Pourtant, du code fermé s'exécute en permanence, limitant les améliorations par les développeurs Linux.
Avec la documentation, les développeurs corrigent les bugs et optimisent l'intégration. Sans elle, vous dépendez des fabricants pour des pilotes adaptés à un public restreint.
Dans la plupart des distributions, la majorité des paquets sont gratuits et open source. Mais des logiciels propriétaires s'y glissent, comme Steam, Skype ou Slack, essentiels pour le travail ou les contacts.
Les codecs multimédias propriétaires sont aussi courants, sans que l'utilisateur s'en rende compte. Votre PC semble 100 % libre, mais il ne l'est pas.
Même avec un noyau Linux-libre, sans pilotes fermés et en évitant les apps propriétaires, le Web introduit du code fermé via le navigateur.
Sur GNOME Software sous Fedora, Slack apparaît comme propriétaire. Je l'évite en app native, mais en navigateur, c'est identique : le navigateur est libre, pas le contenu.

La migration vers le cloud facilite Linux (Office 365, Photoshop en ligne, Netflix, Spotify), mais ces services sont propriétaires. Pour un usage 100 % libre comme Richard Stallman, les options web se réduisent drastiquement.
Le BIOS (Basic Input/Output System), affiché au démarrage, est préinstallé et propriétaire. C'est la partie la moins contrôlable de votre PC.
Vous pouvez le remplacer par Coreboot ou Libreboot sur certains modèles, mais la compatibilité est limitée.
Un PC Linux typique intègre de nombreux éléments fermés. Cela dit, il reste bien plus ouvert qu'Android.
Si le libre vous tient à cœur, persévérez : cela influence les développeurs. Les alternatives open source émergent, et les progrès sont constants depuis 20 ans. Linux n'est pas encore pleinement libre, mais il s'en rapproche.