FRFAM.COM >> Famille >> En plein air >> Jardin

S'occuper des plantes de ma mère : un rituel pour me préparer à une vie sans elle

À l'été 1990, alors que j'avais 8 ans, ma famille de cinq personnes a emménagé dans notre nouvelle maison. Ma mère et mon père l'avaient conçue selon leurs besoins et intérêts spécifiques : comptoirs surélevés adaptés à leur grande taille, étagères intégrées pour leurs centaines de livres, et une vaste véranda lumineuse pour les plantes que mon père, passionné de jardinage, prévoyait de cultiver. Quelques mois plus tard, mon père est décédé subitement d'une crise cardiaque au volant d'un chariot élévateur sur son lieu de travail. Il avait 39 ans.

Ma mère, qui n'avait pas vraiment la main verte au départ, a rempli la véranda de plantes d'intérieur tolérantes à la faible luminosité, comme les fougères qui souffraient malgré tout. Au fil des ans, elle a expérimenté avec des plantes faciles d'entretien et dépolluantes, telles que les chlorophytes (plantes araignées) et les lianes suspendues au support à pain ou à la chaise haute de la cuisine. Sans cours formels de jardinage, mais par essais-erreurs et lectures d'articles dans les magazines féminins emblématiques des années 1990, elle s'est améliorée.

Elle n'a jamais dit explicitement vouloir honorer la mémoire de mon père en devenant meilleure jardinière, mais je sais qu'elle imaginait ce qu'il aurait cultivé dans cette véranda, conçue pour lui. Garder des plantes en vie dans cette pièce lui procurait une joie profonde.

Il y a une dizaine d'années, quand les premiers symptômes de la maladie de Parkinson sont apparus, elle a continué à jardiner. Elle taillait les arbres extérieurs, plantait des bulbes et entretenait les plantes d'intérieur. Privée progressivement d'activités qu'elle adorait, comme chanter ou jouer du piano (elle et mon père, tous deux musiciens, s'étaient rencontrés à l'école de musique), le jardinage lui offrait un sentiment de fierté et de gratitude.

S occuper des plantes de ma mère : un rituel pour me préparer à une vie sans elle

À mon tour de développer un pouce vert

L'année dernière, après une série de chutes ayant conduit ma mère en rééducation pendant un mois, personne n'était là pour s'occuper de ses plantes, qui ont commencé à dépérir. Ma sœur, sa famille et moi avons emménagé pour l'aider à son retour. Nous avons progressivement ressuscité ses plantes.

Entre les soins à notre mère, l'éducation des enfants et nos emplois à temps plein, même les plantes d'entretien facile manquent parfois d'attention. Je cours souvent de la maison au patio et au porche pour arroser, tailler, rempoter ou ajouter de la terre quand les racines affleurent. Les énormes fougères de ma mère – désormais dans un coin ombragé adapté – perdent leurs feuilles, laissant des tas de débris bruns à nettoyer, en plus des 15 autres tâches quotidiennes.

Parfois, je déteste ces plantes. D'autres fois, je me souviens pourquoi je m'en occupe. Ma mère les adore, mais elle y accède rarement. Pour moi, elles sont une source future de réconfort. Les entretenir, c'est nourrir sa mémoire vivante. Conscient de la dégradation rapide de sa santé ces deux dernières années, je sais qu'elle pourrait nous quitter bientôt. En les nourrissant, j'espère créer un lien durable avec elle, bien après son départ. Peut-être cesserai-je bientôt de maudire les fougères.

[]