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Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV

Pas question d’abandonner aux encombrants un fauteuil ancien, même condamné par des professionnels ! Un bon bricoleur trouve toujours des solutions et la patience nécessaire pour le remettre en état. Histoire de la rénovation réussie d'un fauteuil Louis XV.

Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV

Conseil pratique

Prêt à tapisser

Livrer au tapissier une carcasse flambant neuve est un préalable indispensable.
 

  • Les parties visibles sont tout d’abord finement poncées (au grain 240) et dépoussiérées avec soin.
  • Elles reçoivent ensuite trois couches de fondur cellulosique, chacune suivie d’un égrenage à la laine d’acier 000.
  • La finition proprement dite associe une matine (à la gomme laque) et une cire d’abeille naturelle. La première remplit une double fonction : protéger contre les taches tout en donnant de la profondeur à la cire, passée ensuite.
  • Le lustrage, à la brosse de Nylon puis au chiffon doux non pelucheux, intervient 24 heures plus tard.

Pour l’habillage, c’est un tissu ethnique qui a été retenu. Cela peut paraître audacieux pour un meuble de style, mais c’est dans l’air du temps !

Cette bergère Louis XV est un meu­­­ble de famille. Acquise aux Puces de Saint-Ouen vers les années 1900, elle a suivi ses propriétaires dans l’est de la France et les a servis pendant des décennies. Avant de se retrouver dans le grenier où on l’a dénichée…
Le tissu d’habillage semble d’origine mais la structure a manifestement souffert. Comme les travaux de tapisserie seront confiés à un artisan, la restauration concernera uniquement la carcasse.

Le dégarnissage de l'assise

Cette opération consiste à mettre à nu la carcasse : dépose du tissu d’habillage, de la toile blanche, de l’embourrure (en crin), de la toile forte, du guindage (ressorts) et des sangles. Étant donné l’état de vétusté de l’assise (crin tassé, ressorts rouillés et avachis, sangles distendues…), l’ensemble devra être remplacé. Seul le dossier sera réutilisé, avec un complément de garnissage.

Il faut d’abord extraire un à un les clous dorés ornant la ceinture, à l’aide d’un ciseau à dégarnir, d’un petit pied de biche, d’un vieux tournevis… Même chose pour les semences fixant les différentes toiles et les sangles. Pour ôter un vieux clou (ce qui réserve souvent de mauvaises surprises), la technique est la suivante : glisser la lame du ciseau ou du tournevis sous la tête puis donner un coup sec avec un maillet pour faire levier. Il est important de tenir l’instrument incliné dans le sens des fibres, pour éviter de fendre le bois.

Estimer les dégâts

La ceinture est en quatre parties, as­sem­­­­­­­­­­­­blées par tenons et mortaises au piètement. L’avant comporte une traverse galbée, type chapeau de gendarme, dont le dessin et les moulures forment un tout avec les pieds. Les deux pièces latérales et la traverse arrière décrivent un arc de cercle continu.

La solidité des assemblages est éprouvée en appuyant d’une main sur l’avant de la ceinture et de l’autre sur le dossier. Outre des jeux importants, l’examen confirme la fragilité de la traverse arrière, qui présente de nombreux trous de vers. Les renforts d’origine ne sont guère mieux lotis.

Par chance, les parties apparentes (pieds, accotoirs, cintre du dossier…) sont en bon état. La restauration se limitera donc aux assemblages incriminés et aux quatre renforts de l’assise : deux équerres à l’avant, et deux pontets à l’arrière. Ainsi, pas de risque de casser un tenon au démontage, ce qui arrive fréquemment dans ce type d’opération.

Les réparations du fauteuil

  • En présence de jeux importants, la so­lution la plus simple consiste à écarter le tenon de sa mortaise, avec la lame d’un gros tournevis par exemple, puis à instiller de la colle forte et mettre l’assemblage en serrage (avec une sangle à cliquet par exemple). La colle utilisée, à base d’os et de nerfs, est chauffée au bain-marie à 80° maximum. Sa prise est rapide et l’assemblage reste réversible (impératif !) pour d’éventuelles réparations.
  • Pour désolidariser un assemblage, il faut d’abord ramollir l’ancienne colle en injectant à la seringue une solution composée de 80% d’eau tiède et 20% d’alcool à 95° (ou à vernir). On peut aussi s’aider d’un décapeur thermique, réglé à température modérée (300°) et en ne restant jamais sur le même point pour ne pas brûler le bois. Une fois les pièces disjointes (précautionneusement), elles sont chauffées pour déliter l’ancienne colle dont elles sont imprégnées. Les résidus cristallisés sont éliminés à la râpe avant recollage à chaud et mise en serrage.
  • Les quatre renforts de ceinture sont retirés et utilisés comme modèles pour confectionner des gabarits en carton. Leurs contours sont ensuite reportés sur une planche de hêtre de 40 mm d’épaisseur, en orientant le fil du bois dans la diagonale (très important pour la solidité !). Chaque pièce est alors soigneusement découpée à la scie sauteuse ou à ruban (munie d’une lame à chantourner), puis percée de deux trous fraisés pour sa fixation. Il est préférable de décaler ces perçages par rapport à ceux d’origine, qui seront préalablement rebouchés par une cheville de bois.
  • Afin d’optimiser l’adhérence, les pièces à réunir sont préchauffées (au décapeur thermique par exemple) avant l’encollage. Mise en place et vissage s’effectuent aussitôt en raison de la rapidité de prise de la colle. La réparation offre également l’occasion de changer les taquets servant à fixer le tissu d’habillage à la base des accotoirs.
  • Le dossier, ample et incliné vers l’arrière, crée des contraintes à ce niveau de la ceinture. Pour consolider l’ensemble, on a prévu un renfort métallique certes peu orthodoxe mais d’une solidité à toute épreuve. Il se compose d’un cintre en fer plat de 40 x 3 mm de section, sur lequel sont soudées trois pattes, elles aussi en fer plat mais de 30 x 3 mm. Leur positionnement est calculé pour qu’elles viennent se plaquer sur l’envers des montants latéraux et central du dossier. Prépercé, ce renfort se fixe simplement par vissage (vis TF de Ø 4 x 25 mm). Il sera peint ou verni avant d’être recouvert par le tissu d’habillage, pour éviter les taches de rouille.
  • Vu l’état de la ceinture, il est prudent d’appliquer un traitement insecticide et fongicide sur toute la carcasse. L’opération s’effectue par imprégnation (à la brosse) sur les parties saines et par injection (avec une bombe spéciale) sur les zones attaquées. Les trous de clous sont ensuite rebouchés avec une pâte à deux composants (résine + durcisseur), déposée à la spatule et poncée après séchage.

Mettre à nu le fauteuil

Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV
  • Voici le fauteuil tel qu’il se présente une fois l’assise dégarnie et le tissus d’habillage ôté. Nul besoin d’être un expert pour repérer les parties abîmées, qu’il s’agisse du bois lui-même ou des assemblages.

Réparer les assemblages et les renforts de l'assise

Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV
  • Démonter les vieux renforts avec précaution.
  • Si l’un d’eux résiste trop après dévissage, on peut le scier (à l’égoïne ou à la scie à dos) sans toutefois attaquer le bois de la ceinture.
Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV
  • Utiliser les anciens renforts de ceinture (équerres, pontets, taquets) comme modèles pour réaliser les gabarits en carton.
  • Découper dans du bois dur les nouveaux renforts, copies conformes des anciens.
Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV
  • Le travail à l’ancienne exige de respecter le principe de réversibilité des réparations.
  • Utiliser donc une colle animale (à base d’os et de nerfs) chauffée au bain-marie.
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  • Avec le décapeur thermique réglé à faible température, préchauffer le renfort et son support en prenant soin de ne pas brûler le bois.
  • Puis assembler rapidement.
  • Tout au long de la réparation, s'assurer que la colle reste à bonne température.
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  • Par commodité, maintenir la pièce en position à l’aide d’un serre-joint.
  • Visser.
Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV
  • À la jonction de la traverse avant et des accotoirs, penser à retirer les vieux taquets avant de fixer les nouvelles équerres.
  • À l’instar des renforts, les taquets sont refaits à l’identique et découpés dans du hêtre.
Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV
  • Coller et visser les taquets de part et d’autre. Ils permettront de clouer le tissu à ce niveau sans abîmer le bois des accotoirs.

Traiter le bois du fauteuil

Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV
  • Sur les parties très attaquées, injecter le produit de traitement au moyen d’une bombe aérosol munie d’une canule spéciale.
  • Ailleurs, l'appliquer par imprégnation à la brosse plate.
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  • Les anciens clous ont laissé beaucoup de traces dans la ceinture. Pour faciliter la pose des nouvelles semences, appliquer à la spatule une pâte bi-composante en pressant bien dans les trous.
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  • Attendre la fin du séchage, le mélange durcissant en une quinzaine de minutes.
  • Poncer alors sans excès avec un abrasif à gros grain : ici, un papier au corindon n° 80, placé sur une cale en caoutchouc.

Consolider l'assise

Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV

À l’usage, le siège subit de fortes contraintes à la jonction ceinture/dossier.

  • Astuce très Système D : utiliser un cintre métallique pour consolider le tout. Il sera invisible sous le tissu d’habillage.
Remettre à neuf un fauteuil de style Louis XV
  • Pour la même raison, renforcer les accotoirs par des goussets au niveau de leur assemblage avec le dossier. Ils n’existaient pas à l’origine, mais quelques libertés s’avèrent parfois nécessaires.

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