Kelly Haggard est une experte canine spécialisée dans l'entraînement et l'utilisation de Bloodhounds pour la recherche et le sauvetage (SAR). Découvrez comment ces chiens exceptionnels sont formés, les défis rencontrés par les équipes et les étapes pour vous lancer dans ce domaine exigeant.
J'aime À Savoir (LTK) : Kelly, merci d'avoir accepté de partager votre expertise en recherche et sauvetage. Vous mentionnez que vos Bloodhounds sont "spécifiques à l'odeur". Que signifie cela exactement ?
Kelly Haggard (KH) : Cela veut dire qu'ils sont entraînés à suivre une odeur "spécifique" pour localiser leur cible. Certains chiens SAR détectent toute odeur humaine, comme ceux utilisés en catastrophes pour fouiller les décombres et signaler tout être vivant. Cela optimise les sauvetages.
En revanche, un Bloodhound "spécifique à l'odeur" travaille avec un article imprégné de l'odeur de la personne disparue, comme un chapeau ou un gant qu'elle seule a touché. S'il détecte cette odeur dans la zone, il suit sa piste. Sinon, il ne part pas sur une fausse trace. Un chien bien formé ne suit que l'odeur cible.
LTK : Quand vous adoptez un chiot, quelles sont les premières étapes d'éducation ?
KH : Dès les premiers entraînements avec nos chiots Bloodhound, nous introduisons l'odeur humaine. La personne qui se cache touche une compresse de gaze stérile pour éviter toute contamination. La gaze est placée dans un sac Ziploc scellé.
Cette personne parcourt une courte distance (quelques mètres) et se cache derrière un arbre ou un buisson. Le chiot est harnaché, sent l'odeur, et reçoit la commande ("track" chez nous). Nous l'aidons si besoin pour une fin positive. Les pistes initiales sont simples, sur herbe avec peu d'obstacles, pour éviter la frustration.
LTK : Vous réalisez aussi des exercices variés tout au long de l'année. À quoi ressemblent-ils ?
KH : Nous nous entraînons dans des environnements réalistes, comme les zones urbaines où nous intervenons souvent. Les chiens s'habituent aux bruits, voitures, béton, trottoirs et distractions. Cela leur permet de se concentrer uniquement sur la piste malgré les interférences.
LTK : Vos chiens excellent dans la traque de personnes disparues. Pouvez-vous décrire un cas typique ?
KH : Par exemple, le shérif local a trouvé le vélo d'un enfant sur une route fréquentée, avec un casque sur le guidon. Après enquête infructueuse, notre unité a été appelée.
Nous avons vérifié qui avait touché le vélo pour éviter les contaminations. Nous avons choisi la pédale comme source d'odeur, en utilisant gants et gaze stériles. Le handler a présenté l'odeur au Bloodhound près du vélo et donné la commande.
Le chien a suivi la piste vers la route, puis au nord sur plusieurs centaines de mètres. Une camionnette s'est arrêtée : la mère expliqua que sa fille s'était fatiguée, abandonnant le vélo. Le chien avait pisté l'odeur dans le véhicule. Tout s'est bien terminé, prouvant l'importance de ces interventions.
LTK : Parlez-nous d'Indy Mantrailing K9 SAR.
KH : C'est un groupe bénévole à but non lucratif (501c3). Nos Bloodhounds traquent personnes perdues, disparues ou enlevées. Disponibles 24/7 sans frais, nous intervenons uniquement sur appel des forces de l'ordre. Les dons financent voyages et formations annuelles.
LTK : Tout est bénévole. Les handlers paient tout ?
KH : Oui, chaque handler assume l'achat du chien, soins vétérinaires, entretien et formation. À 2-3 ans, cela dépasse 12 000 $. C'est un engagement total, physique et financier. Beaucoup abandonnent, mais pour les passionnés, c'est gratifiant.
LTK : Comment les forces de l'ordre peuvent-elles vous aider ?
KH : Appeler les Bloodhounds immédiatement : le temps est critique. Éviter les contaminations olfactives et limiter l'accès à la scène. Les foules détruisent les odeurs et preuves. "Votre fin est aussi bonne que votre début" : une scène préservée maximise les chances de succès.
LTK : Quels conseils pour les débutants ?
KH : Si vous cherchez du loisir, optez pour l'obéissance ou l'agility. SAR est sérieux : appels nocturnes, sacrifices familiaux, entraînements constants, forme physique et résilience mentale face aux cas tragiques. 85 % abandonnent. Réfléchissez bien avant de vous engager.
LTK : Avec vos deux Bloodhounds actuels, prévoyez-vous d'en ajouter ?
KH : Jersey Joe (6 ans, à moi) et Cash (21 mois, à Mike). Cash se forme encore. Bientôt un chiot pour remplacer Joe à la retraite (7-9 ans). Il profitera alors d'une vie de compagnon bien méritée !
Un grand merci à Kelly Haggard pour cet éclairage précieux sur la recherche et sauvetage canin. Que son témoignage inspire de futures vocations !
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