Que signifie vivre à l'ère de la technologie et de l'information ? Cela rend-il la vie plus simple ?
Bien sûr, il est désormais plus facile de trouver un emploi, de voyager et de rester en contact. Il est aussi plus aisé de rendre une information virale. Si certains y voient une opportunité de notoriété et de revenus, comme les stars de YouTube, d'autres l'exploitent pour commettre des crimes.
La cybercriminalité évolue constamment. Le cyberharcèlement, peu connu il y a dix ans, fait désormais les gros titres. De nouvelles formes émergent, mais heureusement, des outils pour les contrer se développent aussi.

La pornographie de vengeance, ou revenge porn, est une forme récente de harcèlement en ligne : le partage non consenti de photos ou vidéos intimes d'un ex-partenaire. Ce phénomène a émergé dans les années 2010, avec des cas médiatisés à travers le monde.
Ces images sont souvent accompagnées du nom de la victime, de son adresse, numéro de téléphone, liens vers ses réseaux sociaux ou même son lieu de travail. Au-delà de la pornographie, l'objectif est d'humilier et de nuire.
Pour les victimes, c'est la fin de la vie privée, une paranoïa constante et le risque de chantage. Pour les auteurs, les sanctions varient : seuls quelques pays ont criminalisé cette pratique, comme Israël, l'Allemagne, le Royaume-Uni, 36 États américains et les États australiens de Victoria et d'Australie-Méridionale.

Les auteurs visent une diffusion maximale, au sein et hors du cercle de la victime. Internet amplifie ce phénomène.
L'exemple le plus notorious est la page privée Facebook "Marine United", où des centaines de Marines partageaient des images intimes de collègues. Bien que punis, de nombreux sites et communautés persistent.
En 2015, Google et Microsoft ont agi contre le revenge porn, en supprimant ou masquant le contenu sur demande des victimes, et en aidant contre le harcèlement sexuel.
Twitter utilise Watson, l'IA d'IBM, pour combattre la cybercriminalité, dont le revenge porn.
Facebook a récemment lancé un outil anti-revenge porn, en partenariat avec d'autres géants du web.

Cet outil surveille les images sur Facebook, Messenger et Instagram, bloquant leur partage. Fonctionnement :
Déployé il y a moins d'un mois, des statistiques à long terme sont attendues. Facebook a collaboré avec la Cyber Civil Rights Initiative, le National Network to End Domestic Violence, le Center for Social Research et la U.K. Revenge Porn Helpline. Antigone Davis, responsable sécurité mondiale, souligne leur apport précieux.

C'est un progrès, mais le revenge porn cause des dommages immédiats dès le premier partage. La suppression post-publication est insuffisante : une alerte est nécessaire pour activer la reconnaissance.
Il est inefficace dans les groupes privés non signalés. De plus, il ne couvre pas le reste d'Internet : lors de l'affaire Marine United, les contenus ont migré vers Google Drive.
Une coordination entre Google, Twitter et Facebook est essentielle.
Facebook voit cela comme une première étape vers une communauté sûre. Prochaines avancées : IA proactive analysant les images avant publication.
Mais contextualiser (art vs. revenge porn) reste complexe, comme dans la controverse de la "Fille au napalm", opposant liberté d'expression et censure.

Le sujet est hautement controversé. Même là où c'est illégal, les failles persistent, facilitant l'impunité.
Le piratage iCloud de célébrités illustre : non par ex-partenaires, mais avec les mêmes dommages.
Blâmer les victimes ("ne prenez pas de nus") est aussi absurde que pour les viols. "Au moins Facebook agit" ne console pas.
L'outil de Facebook stoppera-t-il le revenge porn ? Ou faut-il plus pour prévenir les partages non consensuels ? Dites-nous en commentaires !
Crédit photo : Dean Drobot via Shutterstock.