Est-il encore possible de prendre les abeilles pour acquises ? Depuis que le syndrome d'effondrement des colonies (CCD) a été médiatisé, notamment dans un reportage de *60 Minutes* de CBS en 2007, la sensibilisation du public à l'importance vitale de ces pollinisateurs a considérablement augmenté. Autrefois, le mot « abeille » évoquait souvent « piqûre » ou « miel ». Aujourd'hui, il renvoie plutôt à « nourriture » ou « survie ».
Il s'agit de notre survie autant que de la leur.
Les abeilles sont indispensables à la sécurité alimentaire mondiale. Vous appréciez les tomates, concombres, myrtilles, courges, amandes ou melons ? Merci aux abeilles. Sur les 100 cultures alimentaires majeures représentant 90 % de l'alimentation mondiale, elles pollinisent environ 70 espèces. Sans elles, adieu pastèques, tartes aux myrtilles ou sauces marinara. Leur rôle de pollinisatrices génère annuellement 15 milliards de dollars à l'agriculture.
Les jardiniers ont toujours su l'importance des abeilles.
Le syndrome d'effondrement des colonies reste au cœur des débats. Les abeilles font la une de *Time* cette semaine, soulignant l'énigme : pourquoi délaissent-elles soudainement leurs ruches, parfois en pleine saison inadaptée ?
Bien que les causes ne soient pas entièrement élucidées, des experts comme ceux de Planet Natural pointent du doigt les néonicotinoïdes, un type de pesticide systémique. Utilisés sur des graines de maïs, colza et soja, ils se propagent dans toute la plante. Même si les abeilles ne pollinisent pas ces cultures, elles s'exposent au pollen contaminé via le vent. Considérés plus sûrs pour les mammifères, ces pesticides persistent des mois, voire des années dans l'environnement (ces cultures reçoivent aussi herbicides et fongicides).
Un article du *Boston Globe* de juin relate l'étude de trois spécialistes – un expert en santé environnementale, un apiculteur et un entomologiste – concluant à l'impact majeur des néonicotinoïdes.
Certains évoquent des causes multiples, ce qui est plausible. Cependant, les pesticides semblent prédominants. Les acariens varroa et les traitements aggravent la situation, mais les abeilles affaiblies par les pesticides résistent moins. La monophobie (monocultures de maïs et soja) réduit les ressources alimentaires, mais n'explique pas les désertions hivernales soudaines.
Monsanto propose un nouveau produit anti-acariens et organise des « sommets sur la santé des abeilles », mais les apiculteurs craignent une dépendance accrue aux chimiques.
Les abeilles investissent aussi le grand écran avec *More Than Honey*, un documentaire captivant sur ces insectes, leurs gardiens et le CCD mondial. Sorti début été, il séduit par ses images macro époustouflantes. Une fois vu, vous ne verrez plus jamais les abeilles de la même façon.