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Domotique : explications par un spécialiste

La rédaction a rencontré François-Xavier Jeuland, spécialisé en domotique et multimédia. Cet ingénieur, qui prédit un bel avenir à la « maison communicante », fait le point sur la domotique en 2012. Son regret : que les choses n’avancent pas plus vite.

Domotique : explications par un spécialiste

Qu’est-ce qu’une maison communicante ?

François-Xavier Jeuland : Tout d’abord, il faut oublier le mythe de l’ordinateur central qui contrôle tout. Idéalement, une maison communicante possède trois
réseaux :

  • Un réseau de puissance, pour faire fonctionner les luminaires, volets roulants, prises…
  • Un réseau de commande, qui comprend les boutons-poussoirs et tout ce qui permet de piloter les équipements.
  • Un réseau de communication qui remplace les anciens réseaux de courant faible, téléphonie, alarme… par un câble unique. On parle alors de réseau VDI (voix, données, image). Il permet aux prises de devenir universelles et assure la pérennité de l’installation.

Comment un particulier doit-il aborder la réalisation d’une installation ?

F.-X. J. : Il doit d’abord évaluer ses besoins en toute objectivité. La sécurité, même si on la prévoit pour l’avenir, n’est pas l’argument principal. En revanche, les économies d’énergie, l’évolutivité de la maison et la diffusion sonore ont un sens.

Le coût n’est pas beaucoup plus élevé, si ces postes sont prévus à la base d’un projet de construction ou lors d’une rénovation lourde. Soit il est intéressant d’équiper sa maison, soit on considère que cela peut le devenir.

Dans ce cas, il faut prévoir les gaines ou un pré-câblage pour faire évoluer la maison en fonction du budget et des nouveaux besoins. La domotique doit être vue comme une problématique transversale à de nombreux équipements.

Quand peut-on parler d’installation et de maison domotique ?

F.-X. J. : Dans une maison, nous trouvons des équipements de toutes natures et de marques différentes. Le but est de faire converger cet ensemble hétéroclite vers un tableau pour obtenir une seule et unique commande.

Imaginez : vous êtes sur votre lieu de travail ou en vacances, vous appuyez sur un bouton qui pilote simultanément, via un scénario, les volets, la lumière, le chauffage et l’alarme. Cette fonction, qui en fait rêver plus d’un, fait gagner du temps et de l’argent.

Si on arrive à fédérer tous ces équipements et réseaux, nous pouvons parler de maison domotique. Pour moi, le réseau de communication fait partie intégrante de la domotique. Le multimédia et le numérique légitiment la réflexion sur ce réseau. En modifiant, par exemple, l’assignation d’une prise du réseau, je peux faire évoluer ma maison, en changeant les équipements de place sans aucuns travaux.

A-t-on besoin de ce type d’installation pour réduire sa facture énergétique ?

F.-X. J. : Au regard des ambitions du Grenelle de l’environnement, ce n’est pas uniquement en installant du triple vitrage et en ayant des murs très épais que l’on peut y arriver. La réflexion de l’ensemble des intervenants doit être globale.

Ceci pour garantir les performances de l’habitat et considérer la domotique autrement. Par exemple, il serait intéressant d’intégrer des équipements qui remontent les informations sur le comportement des habitants.

En revanche, installer des capteurs partout ne rime à rien. Il faut trouver le bon dosage. Les choses vont dans le bon sens, grâce au législateur. Une série de décrets et d’incitations fiscales, liées à certains systèmes domotiques, apparaissent. Ce sont de véritables atouts.

La domotique n’est-elle pas considérée comme un gadget ?

F.-X. J. : Aujourd’hui, elle est souvent associée au luxe ou à quelque chose de futile. En général, les médias montrent le côté high-tech qui est parfois jugé « pas pour moi » par une majorité du grand public.

Mais si l’on mettait en évidence les économies d’énergie réalisées ou le fait de pouvoir rester chez soi en situation de dépendance, l’image serait plus valorisante.

Le maintien à domicile des personnes en situation de handicap est-il un élément porteur ?

F.-X. J. : La domotique au service du maintien à domicile est inéluctable. Mais je crains qu’une prise de conscience tardive, ne nous conduise à avoir des maisons qui deviendront de véritables poubelles technologiques.

Elles seront très difficiles à mettre aux normes sans d’importants et coûteux travaux. Les constructeurs devraient d’ores et déjà les pré-équiper en vue de ces évolutions.

Quelles sont les questions à se poser avant de débuter une installation ?

F.-X. J. : En rénovation, on doit savoir depuis quand l’électricité et les équipements (volet roulant par exemple) ont été installés. Dans certains cas, il est possible d’intégrer des fonctions domotiques en radio ou en courant porteur à l’installation existante.

Cette dernière est à refaire le reste du temps, ce qui permet de déployer le réseau de communication et l’infrastructure domotique dans les règles de l’art.

“La domotique seule n’a pas beaucoup d’intérêt, il faut faire des choix.”

Dans ce cas, un électricien peut-il aider à la réflexion ?
 

F.-X. J. : Bien entendu. Le seul problème est de trouver le bon interlocuteur.
Si vous voulez faire établir le devis d’une installation domotique, trois fois sur quatre, par manque de connaissance, les professionnels vous répondront : « Ne vous embêtez surtout pas avec ça. »

C’est là que réside la principale difficulté. Il ne peut y avoir de bonne réflexion sans un bon accompagnement.

Câblage, Wi-Fi, courant porteur, quel réseau choisir ?

F.-X. J. : Une installation sans fil est beaucoup moins pérenne que son équivalente câblée. De par sa nature, elle subit des perturbations et des interférences. Pour tout ce qui est équipement mobile (ordinateur, téléphone), le Wi-Fi est l’une des plus belles inventions de ces dernières années.

Le courant porteur en ligne (CPL) se situe, quant à lui, à mi-chemin entre le réseau câblé et le Wi-Fi. Le choix numéro un, c’est le câble. Un réseau filaire sera toujours plus stable, plus rapide et plus sécurisé. Viennent ensuite le CPL et les systèmes radio. Mais dans les faits, la réponse idéale est souvent constituée d’un mixte de ces trois solutions.

Peut-on tout faire en radio ou en CPL ?

F.-X. J. : Aujourd’hui, en ce qui concerne le Wi-Fi on ne peut rien garantir. Si j’ai une maison tout en longueur avec un plancher chauffant et des cloisons en béton, les ondes Wi-Fi ne passeront pas partout. Le CPL a également ses limites.

Dans un appartement de 50 m2, il fonctionnera très bien. Mais, ce ne sera plus le cas dans une maison où cohabitent différentes générations d’installations
électriques. Dans certains cas extrêmes, il ne fonctionnera même pas ! 

Est-il possible d’associer les anciens protocoles de la maison ?

F.-X. J. : Ce cas est fréquent, pour les volets roulants et le chauffage par exemple. Pour y remédier, il existe des passerelles qui permettent de mettre en relation les différents protocoles. Mais, dès que l’on multiplie les passerelles, on fragilise énormément l’installation.

La tendance actuelle consiste à faire converger les équipements de différentes marques vers le réseau local IP (Internet protocole) de la maison. Il permet d’avoir un seul réseau, pilotable depuis un ordinateur ou un téléphone portable de façon relativement efficace.

Quel regard portez-vous sur l’évolution de la domotique ?

F-X J : L’intérêt de la domotique, c’est la convergence entre tout ce qui est lié au numérique, aux économies d’énergie, à la sécurité et au confort. Si nous prenons en compte un seul de ces domaines, la domotique ne présente pas une grande utilité.

Dans ce cas, son surcoût ne se justifie pas. Il faut trouver une complémentarité et une cohérence entre ces domaines. Ce qui est important, pour chaque projet, est à définir au cas par cas.

Le grand public est-il informé sur les possibilités qu’offre une installation ?

F.-X. J. : Absolument pas. Il connaît peu ou pas les possibilités qu’offre la domotique. Évaluer leurs besoins est l’un des enjeux majeurs auxquels les professionnels doivent faire face.

C’est mon objectif à travers la publication du livre La Maison communicante (éd. Eyrolles) par exemple ou par la participation à de nombreux salons. C’est aussi l’objectif de la campagne « à chacun sa domotique », organisée par Promotelec en 2009. Le mois dernier ont eu lieu « Les journées de la domotique » où l’on pouvait visiter des maisons équipées.
Ces opérations ont pour but d’amener les utilisateurs à faire bouger les professionnels (prescripteur, architecte…).

Peut-on parler de retour sur investissement ?

F.-X. J. : L’argument : « Je réalise une installation domotique pour rentrer dans mes frais », n’est pas envisageable. Le matériel est moins onéreux qu’hier, mais le coût d’une installation bien pensée reste supérieur à celui d’une installation traditionnelle.

Le retour sur investissement reste aléatoire. Sur le long terme, le matériel nécessitera des mises à jour, d’être reprogrammé… Nous sommes plus prêts de l’informatique que du gros œuvre.

Quel serait le réseau dans dix ans ?

F.-X. J. : Aujourd’hui le numérique est partout, dans nos voitures, au bureau… pourquoi n’en serait-il pas de même dans nos maisons ? Les téléviseurs sont équipés de prises RJ 45, pour être compatibles avec les divers boîtiers numériques du marché.

Certains modèles de chaudière sont aussi équipés de prises RJ 45. Nous devrions assister à une rationalisation des protocoles avec un langage simple, espèce d’espéranto domotique. 

Si vous aviez trois conseils pour réussir son installation ?

F.-X. J. : Avant même de choisir des équipements ou un type de protocole, il faut se poser en amont les bonnes questions : Qu’y a-t-il d’intéressant dans la domotique ? Quelles fonctions me seraient vraiment utiles ? Quelle est la bonne solution dans mon cas ? Chaque projet domotique est particulier et dépend de la connaissance que l’on en a.
Quand on livre une maison, elle est figée. Ce qui n’est pas le cas de la domotique qui utilise une technologie numérique et programmable. Il ne faut pas chercher à tout faire tout de suite. Si l’on a bien préparé le câblage, il sera possible de faire évoluer l’installation à son rythme et en fonction du son budget.

Enfin, si on choisit tel ou tel équipement en se disant : « Je les mets en relation et je fais de la domotique », il y a un risque d’être déçu. Bien souvent, il est impossible de faire communiquer les équipements entre eux. À moins de la complexifier, si l’on souhaite que l’installation soit fiable et utilisable par tous, on doit être vigilant sur l’interopérabilité des équipements.

À propos de l’auteur

À travers le réseau européen « Domoconsulting », dont il est membre, François-Xavier Jeuland, ingénieur spécialisé en domotique et multimédia, intervient en tant que consultant indépendant auprès des architectes, des installateurs et des particuliers. 

Ouvrage à lire au sujet de la domotique :

Domotique : explications par un spécialiste

Réussir son installation domotique et multimédia
éditions Eyrolles, 420 pages, 34 €, 2012 (4e édition).


Ouvrage de référence, La maison communicante permet de réussir son projet d'installation domotique et multimédia, pour les professionnels et les particuliers.


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